La famille Goffinet et Brugelette

De 1921 à 1933, fut bourgmestre de Brugelette Léopold Goffinet (1887-1973), qui assura également durant de longues années la présidence de la Fabrique d'église et hérita en 1946, en tant qu'aîné de sa Maison, du titre de baron. Le baron Goffinet appartenait à une famille qui s'est illustrée, depuis le règne de Léopold Ier, au service de la Couronne et du pays. Il convient ici de le rappeler brièvement et d'expliquer par quel biais cette famille a été associée, dès la fin du XIX ème siècle, à la vie de notre localité.
 
Fils d'Alexandre Delhaye (1743-1820), maire de Brugelette dès 1793, et de Victoire Debève, Alexandre Delhaye junior, né en 1785, fut bourgmestre du village de 1825 à 1854. Il avait une soeur cadette, prénommée Joséphine, née à Brugelette, le 31 janvier 1796 et décédée à Ecaussines-d'Enghien, en 1820.
 
Joséphine Delhaye (1796-1820) épousa, à Brugelette, le 16 juin 1819, Louis Ferdinand Quairier, né à Ecaussines-d'Enghien, le 17 octobre 1784, maître de carrière, commerçant puis rentier, fils de jacques Joseph Quairier et de Marie Albertine Le Clercqz.
 
De ce mariage naquit un fils : Joseph Ferdinand Quairier, né à Ecaussines d'Enghien, le 16 avril 1820. Après ses études au Collège des jésuites de Wisbecq en Brugelette, il fit une brillante carrière d'avocat et de directeur à la Société Générale. Lorsque vint l'heure de la retraite, Joseph Quairier s'installa à Brugelette, dans le 'château' qu'avait fait construire sa tante, Bénédicte Delhaye (1792-1878), à la 'rue du Cadet'. C'est à la génrosité de Joseph Quairier que Brugelette doit les vitraux du choeur et de la nef de son église : on y voit les saints patrons du donateur et des membres de sa famille. Une laque de cuivre, apposée contre le mur intérieur du collatéral sud de l'église perpétue la mémoire du donateur.
 
De son épouse, Eléonore Eulalie Brugman, Joseph Quairier (décédé à Brugelette le 11 octobre 1907) eut deux filles, qui par leur mariage, sont à l'origine des liens entre la famille Goffinet et Brugelette.
 
L'aînée, Anne Quairier (1854-1932), épousa en 1883 Jules Goffinet, ingénieur (mort en 1919) dont elle eut le baron Henri Goffinet (1884-1958).
 
La cadette, Jeanne Marie Josèphe Victoire Quairier, née à Bruxelles, le 6 janvier 1859 et y décédée le 3 avril 1930, s'unit en 1880 au frère du précédent, le général Théodule Constant Louis Goffinet (né à Ixelles en 1851, décédé à Brugelette en 1907). Ce sont les parents du baron Léopold Goffinet, bourgmestre de notre village pendant douze ans.
 
Les origines et le rôle national de la famille Goffinet
 
La famille Goffinet est originaire du comté de Chiny, où elle est connue depuis le début du XIVème siècle. Mais la documentation ne permet pas de faire remonter authentiquement sa généalogie au delà de 1580.
 
En 1611, Gilles Goffinet fut requis de prouver sa qualité de gentilhomme et de noble, dans le cadre du dénombrement des feux dans les divers quartiers de Chiny ordonné par les archiducs Albert et Isabelle. Ce Gilles Goffinet, gruyer ou forestier de Chiny, est l'ancêtre direct du baron Léopold Goffinet.
 
Le descendant à la huitième génération de Gilles Goffinet, Adrien-François-Constantin-Ladislas dit Constant Goffinet, né à Neufchâteau le 10 avril 1812, fut le premier membre de cette famille à s'illustrer au service du jeune Etat belge et de sa dynastie. Colonel du corps d'Etat-major, il devint successivement aide-de-camp puis officier d'ordonnance du roi Léopold Ier, secrétaire des commandements de L.L.M.M. le Roi et la Reine, et officier d'ordonnance de S.A.R. le duc de Brabant (futur Léopold II). Par lettres patentes du 15 mars 1867, le Roi Léopold II concéda à Adrien Goffinet le titre de baron, étendu en 1870 à la descendance du nom. Adrien Goffinet mourut en 1886, non sans avoir introduit dans le service royal ses deux fils jumeaux, Auguste (1857-1927) et Constant (1857-1931), nés de son union avec Marie De Cock (1827-1904), fille d'un négociant-armateur et homme politique gantois. En 1888, celle-ci, devenue veuve, acheta le domaine et le château de Seneffe, que les Goffinet conservèrent jusqu'en 1909. Les jumeaux Auguste et Constant Goffinet connurent une étonnante similitude de destin : le premier, docteur en droit et diplomate, devint secrétaire des commandements du roi Léopold II et de la reine Marie-Henriette ; le second, également docteur en droit et diplomate, devint administrateur de la Liste civile et fut désigné par Léopold II comme son exécuteur testamentaire. Véritables hommes de confiance du Souverain, ils jouèrent un rôle important dans l'aventure congolaise et augmentèrement considérablement leur patrimoine en siégeant dans un nombre impressionnant de conseils d'administration de grandes industries. Tous deux restèrent sans alliance.
 
Quant aux Goffinet 'brugelettois', ils étaient issus du frère du premier baron Goffinet, le général de cavalerie Théodule Goffinet (1815-1882), époux d'Adèle Coenegracht-Rigano. Après l'extinction de la descendance masculine du premier baron, c'est cette branche qui hérita, en 1946, du titre baronal, transmis depuis par ordre de primogéniture. 
 
Un des frères du baron et bourgmestre de Brugelette Léopold Goffinet, le capitaine baron Robert Goffinet perpétua les traditions de service royal par lesquelles s'était illustrée la branche aînée de sa famille. D'abord officier d'ordonnance du roi Albert, il perdit un oeil au combat pendant la guerre 1914-1918. Il devint ensuite intendant de la Liste civile puis chef de la Maison du prince Charles, comte de Flandre, régent du royaume de 1944 à 1950. Le Prince régent assista, le 14 février 1945, aux funérailles du baron célébrées en l'église de Brugelette et suivit le cercueil à pied jusqu'au caveau familial, dans le cimetière de la localité.
 
Né à Etterbeek, le 3 décembre 1887, le baron Léopold Goffinet, frère cadet du précédent et bourgmestre de Brugelette de 1921 à 1933, avait épousé, le 24 octobre 1916, Anne Marie Joséphine de Cock, née à Ath le 24 août 1887, fille de Nicolas de Cock et de la comtesse Jeanne d'Auxy de Launois. C'est le 16 février 1946 qu'il obtint la concession de noblesse et le titre de baron transmissible par ordre de primogéniture masculine. Le baron mourut à Ath, le 25 février 1973. La baronne décéda en son château de Brugelette, le 18 septembre de l'année suivante.
 
Le château fut bientôt vendu par les héritiers. Récemment, sont apparus sur le marché des lots d'archives extrêmement importants naguère conservés dans cette demeure et provenant de la Maison Royale, principalement du Cabinet de Léopold II. Le parc du château devint, quant à lui, propriété communale : véritable 'poumon' du village, il profite aujourd'hui à toute la population. Il serait heureux qu'on songe un jour à perpétuer le nom de ses anciens propriétaires - et créateurs - en l'appelant officiellement 'parc Goffinet'. Ce serait aussi commémorer le rôle joué dans notre localité par cette famille qui s'illustra au plus haut échelon de l'histoire nationale.

 

 

 goffinet

 
 
Source : Brugelette et la Dynastie
                161 ans d'histoire communale au fil de cinq règnes (1830-1991)
                Collection de Monographies brugelettoises "Marcel Thémont"
                Christian Cannuyer, Georges Despinoy, Pierre Ronvaux et Marcel Thémont
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